Considérez-vous votre robe d’avocat comme un simple outil de travail qui se doit d’être fonctionnel avant tout? Un habit de lumière indispensable à votre rôle de représentation? Pour notre atelier de couturiers au service exclusif des avocats, votre costume d’audience est bien plus que cela. Conscients de la portée de chaque symbole cousu patiemment sur votre toge, c’est dans le plus strict respect de la tradition que nous confectionnons chaque jour vos costumes d’audience modernes, élégants et fonctionnels.
Votre robe d’avocat représente davantage qu’un simple outil de travail occasionnel ou quotidien. Contrairement à votre smartphone, c’est également le résultat d’un héritage. La robe d’avocat s’est mue au fil du temps, au gré du rôle de l’avocat dans l’histoire de la France. Aujourd’hui encore, par chaque création, notre atelier se passionne à en restituer chaque symbole, fruit d’une histoire riche et toujours en cours d’écriture
La robe d’avocat moderne trouve ses origines à une époque où le savoir -et par extension l’exercice de la justice- était l’apanage des ecclésiastiques, gardiens de précieux ouvrages de droit canonique conservés au sein de leurs fabuleuses bibliothèques monastiques. La laïcisation du pouvoir judiciaire -et de ses acteurs- s’est imposée au fil des siècles à mesure que le pouvoir monarchique s’affirmait et intégrait la justice dans la sphère régalienne. Si cette corrélation entre justice et religion nous semble aujourd’hui lointaine, elle se rappelle à l’œil avisé des habitués du prétoire. Du nombre de boutons arborant votre costumes d’audience – 33 en référence à l’âge du christ à sa mort- à la traine imperceptiblement présente à l’intérieur de chaque toge, de nombreux détails portent les symboles de ce passé intriqué. La période révolutionnaire elle-même, particulièrement efficace dans son œuvre d’effacement des symboles du passé, n’a pu faire disparaître ce qui ressemble toujours -de près ou de loin- à une soutane! Alors que beaucoup conjuguaient au passé tout rapprochement entre robe d’avocat et identité religieuse, voilà qu’un débat sur le droit d’une avocate de confession musulmane à se coiffer de la toque -héritage ecclésiastique s’il en est- lors de ses audiences venait tester les limites de notre imaginaire. On applaudie! On s’indigne! On s’interpelle! Se jouant de nos passions, la robe d’avocat continue d’écrire son histoire et nous rappelle qu’elle ne sera jamais un vêtement comme les autres.
L’aspect caractéristique de la robe d’avocat a plusieurs fois servi de vecteur de différentiation des avocats à l’égard d’un autre groupe. Durant le 17 siècle, sa couleur noire servait notamment à souligner la distinction des avocats avec les magistrats et leur indépendance à leur égard. elle marque également la différence avec les autre citoyens de la cité. Cette nécessaire distinction visuelle d’avec le citoyen lambda s’explique par les pouvoirs particuliers exercés par l’avocat, notamment lors de la plaidoirie. Dans cette circonstance, le plaideur vêtu de sa robe peut peut en effet explorer des espaces situés aux confins des de la liberté d’expression. Des espaces qui -s’ils étaient visités par d’autres ou dans d’autres circonstances – caractériseraient la diffamation, l’injure ou l’outrage. Une distinction visuelle est donc bien légitime pour encadrer l’espace et le temps où s’exerce cette liberté d’expression exceptionnelle. Reflet du pouvoir attaché à la robe – et des risques inhérents à son abus- le droit positif puni le port de la robe par ceux n’ayant pas prêté serment (voir article 433-14 du Code pénal).
Dans d’autres circonstances, l’uniformité de la robe d’avocat permet au contraire d’effacer les différences, entre confrères notamment, afin de laisser toute sa place au droit le temps du procès. Cette fonction égalitaire de la toge ne souffre que de rares aménagements tels que le port de la légion d’honneur et des médailles d’anciens combattants. Si l’apparence du costume d’audience est désormais codifiée par le droit et ne laisse pas de place à la personnalisation, beaucoup d’avocats personnalisent l’intérieur de leur robe en sélectionnant une doublure de leur choix. L’intérieur de la toge, dernier espace de liberté pour l’avocat qui la porte?